Les différentes espèces de saumons Pacifique

L'Amérique du Nord possède 5 espèces de saumons Pacifique: le Chinook ou King, le Coho ou Silver, le Sockeye ou Red, le Chum ou "dog" et enfin le Pink ou "humpy". Leur habitat naturel s'étend de l'océan Pacifique Nord jusqu'à la mer de Béring, et pour certains, l'océan Arctique. Un sixième membre qui s'apparente aux saumons par ses gènes, la Steelhead (truite tête d'acier), effectue le même voyage maritime que ses cousins. On a essayé d'étendre le "territoire" des saumons du Pacifique en transplantant des œufs dans d'autres parties du globe. Certaines tentatives en Nouvelle-Zélande et dans la région des Grands Lacs américains ont réussi à produire des remontées constantes. D'autres ont été moins réussies. Des pinks transportés à Terre-Neuve et dans le Maine ne sont remontés que pendant trois générations.

Les scientifiques appellent le saumon Pacifique "Oncorhynchus", ce qui en latin signifie "bec crochu", à cause de la mâchoire incurvée à l'aspect féroce qu'ils développent pendant la période du frai. Les 5 espèces du groupe Oncorhynchus partagent deux caractéristiques uniques. Ils vivent à la fois en eau douce et en eau salée, et ils meurent tous après la reproduction. Nous savons que tous ces poissons descendent d'un ancêtre commun qui vivait il y a plusieurs millions d'années. On a en effet retrouvé des fossiles d'os crâniens qui correspondent exactement à ceux des saumons contemporains.

La belle couleur rouge de la chair du saumon est génétique, mais peut varier en fonction de son régime alimentaire. Une abondance de crevettes provoque évidemment une couleur plus prononcée qu'une prédominance de harengs.

Le Saumon King ou Chinook

A tout seigneur tout honneur. Le poisson que l'état d'Alaska a choisi comme emblème, c'est le king. Le Chinook est le plus gros des 5 espèces de saumons Pacifique, avec un poids moyen de 20 à 30 livres. Le record en eau douce appartient à la rivière Kenai avec 97,25 livres (44,15 kgs). Des poissons dépassant de loin les 100 livres ont été souvent pris en mer au filet. Les kings maturent sexuellement entre 2 et 9 ans, ce qui est une des raisons pour lesquelles ils peuvent devenir si gros.

L'histoire du king remonte à l'ère glaciaire. Au fur et à mesure que le bouclier de glace du continent nord-américain avançait, le territoire des kings se trouva séparé en deux. Ceux de la mer de Béring et du continent asiatique choisirent de rester en rivière pendant une année, ou plus, avant de rejoindre l'océan. Ceux situés au sud du bouclier ne passent que quelques mois en eau douce.

De tous les saumons Pacifique, le king est le moins abondant. Dans nombre de rivières de la Colombie Britannique, au Canada, c'est une espèce protégée, car il a été sur-pêché. La rivière Columbia qui, en 1883, enregistrait une remontée de 2.300.000 saumons, les a vu tous disparaître, à cause en particulier de gigantesques barrages infranchissables par les poissons, même avec l'aide d'échelles spécialement aménagées. La rivière Fraser a échappé de peu au même sort, mais ses remontées ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles étaient auparavant.

Rien de tel en Alaska où les remontées de king restent stables grâce à un patrimoine halieutique bien géré. La pêche hauturière capture en moyenne 600.000 kings par an et les pêcheurs sportifs 120.000.

Le king est éminemment respecté en Alaska, (l'un de ses noms indiens, "tyee", signifie "chef"). Sa taille, mais aussi les distances énormes que le king est capable de parcourir en eau douce pour rejoindre sa zone de reproduction, (jusqu'à 1900 kilomètres dans le cas du Yukon), sont les principales causes de cette considération de la part des locaux.

Pour les dizaines de milliers de pêcheurs qui viennent chaque année en Alaska, mettre au sec un king est l'ultime expérience halieutique. Notre plus grand souhait est de vous la faire vivre.

Le Saumon Silver ou Coho

Plus petit que le king, le silver, ou Coho, est réputé pour son extraordinaire énergie. Aucun autre saumon ne prend le leurre aussi vigoureusement et agressivement, et cela longtemps après avoir cessé de se nourrir. Dès qu'il a mordu, ses sauts acrobatiques et ses départs foudroyants ont conduit à bon nombre de casses, sans parler de la déception du pêcheur. Heureusement qu'en Alaska, un poisson perdu est vite remplacé par un autre...

Après l'éclosion, les silvers vivent pendant au moins un an (quelquefois deux), en eau douce. Ils préfèrent les petits ruisseaux et les bras morts. Ils passent ensuite deux ans en mer et retournent donc se reproduire sur les lieux de leur naissance à trois ou quatre ans. La taille moyenne des silvers attrapés par nos pêcheurs est de 4 à 5 kilos (le record d'Alaska est de 11,8 kilos). Leur zone de frai s'étend de Californie en Alaska.

Non seulement les silvers sont parmi les poissons les plus combatifs qui soient, mais ils font aussi partie des meilleurs gastronomiquement parlant. Leur chair rouge-orangée est l'une de celles qui s'adapte le mieux au fumage.

Le Saumon Red ou Sockeye

Le red, avec ses sauts spectaculaires au dessus des chutes d'eau, est peut-être le saumon qui correspond exactement à l'idée que les gens se font de cette espèce. Le nom "Sockeye" vient du langage des indiens Salish, en Colombie Britannique, et signifie 'le poisson des poissons".

Le territoire océanique des "reds" est très étendu. On les trouve des eaux glacées de la rivière Noatak, dans l'océan arctique, jusqu'à la rivière Sacramento en Californie. Comme tous les saumons, aussi loin qu'ils s'aventurent dans l'océan, ils retrouveront le chemin de leur petit ruisseau natal.

Les reds vivent de 3 à 8 ans. Ils passent la majorité de leur vie en mer, tentant de se nourrir tout en échappant aux nombreux prédateurs qui les convoitent. Nous savons que les reds étaient à l'origine des poissons d'eau douce, car leurs ancêtres ont été découvert dans les sédiments d'un lac préhistorique. Encore aujourd'hui, une espèce de red qu'on appelle les "kokanee" maintiennent ce cycle de vie, et renoncent au voyage en mer. La plupart des reds passent néanmoins une ou deux années en eau douce. Aucun saumon ne pourrait passer toute son existence en océan, car leurs œufs délicats n'y survivraient pas.

Le Saumon Chum ou Dog

Des cinq espèces de saumons Pacifique, le Chum est celui qui possède le territoire le plus étendu. On le trouve en effet du sud de la Californie jusqu'à la rivière Mackenzie, dans les territoires du Nord-Ouest, au Canada. Le chum a tendance à parcourir moins de distance en eau douce que ses congénères et préfère frayer dans la partie basse des rivières, quelquefois même dans l'estuaire.

Omniprésents et abondants, les chums sont les moins appréciés des saumons Pacifique. Leur goût est différent de celui des autres espèces, (sa chair étant beaucoup moins grasse), car ils mangent beaucoup d'algues. Pour ces raisons, les esquimaux s'en servent pour nourrir leurs chiens de traîneaux. Est-ce pour cela que l'on appelle en Alaska le chum "dog salmon", ou à cause des dents à l'aspect féroce qu'il développe durant le frai? Je pencherais pour la seconde solution, car le nom scientifique du chum est oncorhynchus keta, et keta signifie chien en russe.

Le Saumon Pink ou Humpy

C'est le plus petit des saumons Pacifique. On le reconnaît aisément à cause de la large bosse qu'il développe rapidement sitôt entré en eau douce (en anglais, humpy signifie "bossu"). Les pinks migrent en mer dès leur naissance, et ils y atteignent leur maturité après deux années seulement. Ceci explique leur faible poids, aux alentours de trois kilos. A cause de ce cycle particulier, dans la plupart des rivières, les pinks ne retournent que tous les deux ans. On assiste à un retour de millions de poissons dans les années paires, (ou vice versa), et à pratiquement rien du tout dans les autres. On a essayé de transplanter des poissons "pairs" dans des rivières "impaires", mais sans grand succès.

Les pinks sont excellents à consommer lorsqu'ils sont capturés en mer, où ils présentent alors la magnifique couleur argentée typique de tous les saumons. Malheureusement, ils dégénèrent extrêmement rapidement dès leur entrée en eau douce et la plupart des pêcheurs sportifs ne font aucun cas de ce poisson qui, malgré sa taille réduite, se bat pourtant farouchement.

La truite de mer ou Steelhead

Ce magnifique poisson (Oncorhynchus mykiss) possède le gène des saumons, mais ne fait pas partie des 5 espèces principales. Son cycle s'apparente à celui des silvers. La steelhead peut vivre jusqu'à 4 ans en eau douce avant de se décider à effectuer sa migration océanique. Un autre type de steelhead passe sa vie entière en eau douce. On l'a transplanté dans le monde entier et nombre d'entre vous le connaissent très bien puisqu'il s'agit de la truite arc-en-ciel, qui possède le même nom scientifique, (Oncorhynchus mykiss).

La steelhead est peut-être le carnassier le plus recherché par une élite mondiale de pêcheurs qui le poursuivent avec une passion proche du fanatisme. Ceux qui ne comprennent pas cette ardeur n'ont probablement jamais été aux prises avec cette truite mythique. Que l'une d'entre elles soit un jour au bout de leur ligne et ils comprendront... La steelhead se bat avec une incroyable énergie et les mêmes chandelles spectaculaires que sa compatriote d'eau douce, mais décuplée par sa taille et par sa force. Tout l'esprit, la beauté et la grâce d'une truite arc-en-ciel se retrouvent multipliés chez la steelhead, que les américains surnomment "Prince of Sportfish"!

Le record du monde pour la Steelhead appartient à l'Alaska depuis 1970 avec un spécimen de 19,150 kgs. Sur la Karluk, des poissons de 15 livres ne sont pas rares, et ceux de 8 à 12 livres sont courants.

Puissants nageurs, les steelhead sont capables de franchir de spectaculaires chutes d'eau pour rejoindre leurs zones de frai. Leur territoire s'étend de Californie en Alaska.

Il est intéressant de remarquer que les steelhead ne meurent pas toutes après avoir frayé. On spécule que le pourcentage de poissons revenant plusieurs fois est de l'ordre de 45%. Bien entendu, ces récidivistes constituent les plus gros spécimens.